Les Vues Erronées


Parmi les dix actes vertueux déjà abordés, ne pas avoir de vues erronées fait partie du troisième groupe concernant l'esprit. Elles forment une composante essentielle à méditer et à éviter. En effet, tout adepte qui est sous l'emprise de vues erronées – niant des concepts comme l'impermanence, la loi de causalité, la transmigration au moment de la mort, l'absence d'éternalisme ou de nihilisme, et soutenant la croyance à un soi, une âme, etc. - est hors de la Voie du Bouddha et encore bien éloigné(e) de l'éveil suprême.


Il existe différents niveaux de vues erronées selon l'avancement des adeptes – de la Doctrine du Bouddha ou d'autres doctrines – en quête de vérité ultime. Par exemple, à l'époque du Bouddha Śākyamuni, les anciens philosophes indiens avaient soixante-deux vues erronées qui étaient exprimées selon deux systèmes :


- le premier système : il repose sur les cinq agrégats (la forme – la sensation – la perception – le processus mentale – la conscience) d'un être sensible et affirme pour chacun d'eux que dans le passé, il est permanent, impermanent, les deux, ou aucun des deux ; dans le présent il a une limite, aucune limite, les deux à la fois ou aucun des deux ; dans le futur, il va, il ne va pas, les deux à la fois ou aucun des deux. Ce qui fait 60 (5 fois 12). À ces 60 points de vue, deux opposés, la perpétuité et la cessation de l'existence, sont ajoutés pour faire un total de 62 ;


- le second système : il comprend 56 vues d'un soi et 6 vues de l'existence. Ils soutiennent que chacun des cinq agrégats d'un être sensible dans le royaume du désir et celui de la forme, et chacun des quatre agrégats d'un dieu dans le royaume sans forme, est un soi, pas un soi, les deux à la fois, ou aucun des deux, totalisant ainsi 56 points de vue. En outre, la perpétuité et la cessation de l'existence d'un être sensible dans les Trois Royaumes font 6 points de vue (3 fois 2).


Aujourd'hui, on peut dire qu'elles sont toujours présentes (entièrement ou en partie) dans n'importe doctrine, considérée ainsi comme étant imparfaite. L'être humain ordinaire qui se dit athée est dans l'erreur orientée par/vers le nihilisme. Celui qui croit en un dieu tout-puissant est dans l'erreur orientée par/vers l'éternalisme. Celui qui se dit ni dans le nihilisme, ni dans l'éternalisme, est dans l'erreur ou l'illusion ayant pour base l'ignorance. À cause de ces vues erronées auxquelles il s’accrochent bec et ongles, les êtres ordinaires prennent pour juste ce qui ne l'est pas et inversement, pour bénéfique ce qui ne l’est pas et inversement, pour le bonheur ce qui ne l’est pas et inversement, agissant constamment dans la confusion de pensées impures (alimentées par les trois poisons)…Ce qui est à l'origine de beaucoup de souffrances subies et générées.


La Voie du Bouddha est celle du Milieu ou de la Transcendance de tout concept grâce au développement / dévoilement de la sagesse omnisciente. Brièvement  cela signifie que tout concept extrême est écarté d'emblée et tout autre concept bénéfique peut être maintenu et utilisé temporairement comme moyen habile pour cheminer vers la libération définitive. Ce, à la manière de l’adepte qui grimpe à une échelle : à mesure de la progression, et du franchissement d’un barreau, ce barreau franchi n’est plus utile et peut être délaissé.




◄Contenu Bases du Bouddhisme - Amitabha Terre Pure