Veiller sur la parole, contrôler l'esprit, s'abstenir des actes mauvais :
qu'on se purifie par ces trois moyens d'action pour atteindre le sentier déclaré par les sages. Bouddha Shakyamuni
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L'éleveur de chevaux et le Bouddha

Un point qui semble être propre au Vajrayana. Est-ce vraiment le cas ?

L'éleveur de chevaux et le Bouddha

Message non lupar Dieu Phuong » 24 Jan 2012 00:08

Bonjour à tous,

Je viens ici explorer une histoire illustrant la relation maître-disciple applicable de façon générale:

Rencontre du Bouddha avec un éleveur de chevaux, racontée par le Vénérable Thich Nhat Hanh dans son livre « Sur les traces de Siddharta » :
« L’éveillé demanda à l’éleveur de chevaux :
-Pourriez-vous nous expliquer comment vous entraînez un cheval ?
- Vénéré Maître, les chevaux ont des tempéraments variés. On peut former les plus dociles avec de simples paroles douces. D’autres, plus difficiles, ont besoin d’une main ferme, en même temps que de douceur. Enfin, les plus têtus sont soumis à une discipline sévère.
Le Bouddha l’interrogea à nouveau :
-Que faites-vous quand un cheval se montre rétif à ces trois méthodes ?
-Vénéré Maître, dans ce cas, il est nécessaire de le tuer car il aurait une mauvaise influence sur ses congénères. Vénéré Maître, j’aimerais savoir comment vous formez vos disciples.
Le Bouddha répondit :
-Je fais comme vous. Quelques moines répondent à la gentillesse. Certains ont besoin à la fois de fermeté et de gentillesse, tandis que d’autres ne progressent qu’avec une règle de fer.
-Qu’advient-il d’un moine ne se soumettant à aucune de ces trois méthodes ?
- Je fais comme vous, je le tue !
L’entraîneur de chevaux, atterré, ouvrit de grands yeux.
-Vous le tuez ! N’êtes-vous pas contre le meurtre ?
- Rassurez-vous. Je ne le tue pas comme vous abattez un cheval. S’il n’est accessible à aucune des trois méthodes évoquées, nous refusons qu’il rejoigne la Sangha. Je ne l’accepte pas comme étudiant. Ceci est un cas extrême. Ne pas avoir l’opportunité de pratiquer le Dharma dans une communauté revient à manquer une occasion ne se présentant qu’une fois au cours de milliers de vies. Cette véritable mort à l’existence spirituelle n’est pas seulement désastreuse pour la personne refusée mais aussi pour moi car j’aime et me soucie de tous. Je ne désespère jamais et pense que cette personne s’ouvrira à la pratique et nous reviendra. »


Voilà un enseignement bien clair et d’importance pour comprendre la relation maître-disciple.
Et voici des questions utiles pour toutes personnes voulant s’engager sur la voie :
- De quelle méthode aurais-je besoin ?
- Suis-je capable d’accepter une « main ferme » ou « une discipline sévère » ?
- Si je n’attends que de la douceur puis-je progresser sur la voie spirituelle ?

L’exemple de l’éleveur de chevaux est valable pour tout ce qui relève de l’éducation, de l’apprentissage. A l’école, les maîtres n’usant que de paroles douces sont-ils efficaces face à des élèves turbulents ? Une « main ferme » et des « règles de fer » doivent être appliquées bien sûr avec sagesse, justesse et compassion, sinon l’enseignant ne sera pas plus efficace. Là est toute la difficulté de la tâche d’un maître d’école ou d’un maître spirituel.

Tout comme un éleveur doit apprivoiser l’animal, le maître doit "apprivoiser" ses élèves et le pratiquant doit aussi apprivoiser son esprit…
Quelles sont les conditions nécessaires pour qu’un élève puisse progresser ? Le maître doit exceller dans son domaine et s’adapter aux capacités de l’élève, mais l’élève doit aussi être prêt, avoir une assez bonne maturité pour recevoir l’enseignement. D’où l’importance de la MOTIVATION, de l’ETAT d’ESPRIT avec lequel on écoute, au risque de recevoir des enseignements mais que cela soit totalement inutile pour nous, d’aucun bénéfice. Souvent les maîtres utilisent l’image d’un vase percé, ou retourné, ou empli de poison pour désigner les esprits de ceux qui ne savent pas écouter ou écoutent avec une mauvaise motivation.

Quelles sont les conditions pour écouter véritablement un enseignement ?
Pour pouvoir s’engager sur une voie spirituelle, il faut être capable de s’observer soi-même sans complaisance pour être conscient avec humilité que l’on a besoin de progresser et comprendre que comme un enfant un peu (ou très) turbulent, notre esprit a besoin d’un cadre, de règles, et d’un enseignant qui peut parfois user de fermeté à notre égard.

Au cours de mon expérience, j’ai remarqué que certaines personnes ont l’intention d’écouter le Dharma, mais, perturbées par certaines paroles qui les touchent, finissent par ne plus écouter, critiquent, ou fuient.
Ces effets sont ainsi, le karma est là, ces personnes doivent certainement mûrir encore pour pouvoir écouter. Mais approfondissons là-dessus...

Toute personne qui nous révèle ce que l’on ne veut pas voir en nous : nos défauts, perturbations, attachements etc…peut être considéré comme un maître spirituel ! Parce qu’en voyant ce qu’on ne voulait pas voir, on peut prendre du recul et les neutraliser. Cela n’est donc pas facile et agréable sur le coup. Mais engager cette bataille est la plus belle que l’on puisse faire dans notre vie, pour nous et tous les êtres vivants. Gagner une bataille sur soi-même est une grande joie qui mène à une paix durable. Lorsqu’on se change, le monde entier change aussi.
Un maître spirituel, ce n’est pas celui qui « nous caresse toujours dans le sens du poil » ! Nous devons toujours nous demander si nous progressons et pour cela observer notre esprit : ai-je plus ou moins de perturbations ? Mon ego s’allège-t-il ou se renforce-t-il ?
Si les paroles d’une personne nous perturbent, nous font réagir, pleurer, fuir…Cela n’est autre que le reflet de fortes perturbations mentales. Cela devrait être pour des personnes engagées dans la voie spirituelle, une occasion d’analyser ces perturbations pour, une fois passées, les analyser, plus aisément avec l’aide d’un ami spirituel justement, puisqu’il peut nous apporter sa connaissance du Dharma, sa sagesse.

Comme nos esprits sont à notre époque plutôt perturbés voire très perturbés, les règles et la fermeté sont nécessaires. Notre société ne peut fonctionner sans règles, comme toute communauté (école, association, entreprise…) a besoin de règles de fonctionnement. Dans la vie communautaire des moines, ou pendant une retraite, comment pourrait-il en être autrement ? Le Bouddha a énoncé les préceptes en fonction des comportements de ses disciples, au fur et à mesure que des problèmes se posaient. Ils découlent donc de l’expérience directe, afin de préserver l’harmonie dans la Sangha. Ils n’ont pas été inventés pour embêter les disciples, ou restreindre leur liberté ! Au contraire, la discipline est un cadre dont le but est de mieux maîtriser son esprit et donc de gagner en liberté ! La discipline est donc nécessaire, extérieurement mais surtout intérieurement, en observant son esprit, encore et toujours.
Et en progressant, notre esprit devient de mieux en mieux maîtrisé, apprivoisé. Les préceptes deviennent alors naturels, et donc il n’y a plus besoin d’y penser, ils font partie de nous. Nous sommes alors un cheval apprivoisé !

Sur ce, bon apprivoisement !

A Di Da Phat
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