Veiller sur la parole, contrôler l'esprit, s'abstenir des actes mauvais :
qu'on se purifie par ces trois moyens d'action pour atteindre le sentier déclaré par les sages. Bouddha Shakyamuni
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Aspects et Développement au quotidien

Une aile pour l'éveil...

Aspects et Développement au quotidien

Message non lupar Minh Thọ » 12 Mars 2012 01:18

Bonjour,

La compassion a de mémoire déjà été abordée plusieurs fois dans des fils, notamment avec Viviane. :wink:
Il est toujours bon d'y revenir sans lassitude.

Ce sujet vaste n'est bien sûr pas la propriété unique du Bouddhisme et se retrouve présent dans d'autres croyances ou doctrines.
Plus que de répéter succinctement par nécessité, ce qui peut se trouver aisément dans des ouvrages, il me parait important en ouvrant ce fil de faire parler ensuite l'expérience de 'soi' ou d'autrui et en faire émerger si possible des méthodes pour s'entraîner. N'est-ce pas ? :)

Quelle que soit la tradition bouddhiste, pourvue qu'elle soit authentique, non pervertie en cette période de déclin du Dharma, la présence de la compassion est une marque commune essentielle. Il est inconcevable de croire que l'atteinte de la Bouddhéité puisse se faire sans elle. Pourquoi ? Simplement parce qu'autrement, le mot 'Bouddha' dont l'un des traits est sa Compassion Universelle, n'aurait même pas lieu d'exister !

De la compassion ordinaire à la Compassion Universelle exclusive du Bouddha, il y a tout un cheminement difficile qui peut illustrer la Voie entière. Au cours de ce cheminement, l'adepte passe par des réalisations qui le mènent progressivement hors du Samsara : renaissance dans les cieux, arhats, etc.

Mais comment développer cette compassion ordinaire ? Comment "prendre sur soi" la souffrance d'autrui au quotidien ?

Il existe des techniques méditatives comme le fameux tonglen de la tradition tibétaine mais laissons-la de côté. Voyons au préalable, les limites de la compassion ordinaire car autrement, comment pourrait-on parler de développement et aspirer à ce développement ?

Un cas concret me vient à l'esprit. Lorsque Haïti a connu un séisme en 2010, lequel a fait des milliers de mort, la communauté internationale s'est ému et a mobilisé différentes aides pour assister les survivants. Des images atroces illustrant la souffrance, ont dû toucher bien des gens ordinaires dans le reste du monde, lesquels n'ont pas hésité à apporter leur soutien en faisant des dons divers. Or, à regarder de plus près, peut-on dire qu'ils ont vraiment agi par compassion au sens bouddhiste ? Il s'agissait avant tout de "l'émotion", certes louable, mais très limitée. Mus par l'émotivité, les donateurs ont subvenus aux besoins de gens en détresse, mais avec le temps, cette émotivité confondue avec la compassion s'est perdue. Du côté des gens malheureux, la souffrance n'est pas réglée aujourd'hui !

Ainsi, la compassion au sens ordinaire, activée selon certains perceptions ou circonstances, manque de force et de durabilité. Elle est souvent sélective et toujours teintée du "je". Par exemple, si on va visiter un hôpital délabré dans un pays pauvre, comme ce fut mon cas, à la vue des malades, on est naturellement pris de dégoût, pitié et de compassion. Puis une fois avoir quitté cet hôpital, plus rien n'en reste si ce n'est des vagues souvenirs mentaux difficiles à maintenir avec la fonction mémoire. De même, lorsqu'un membre de la famille avec lequel on ne s'entend pas et que l'on déteste même, tombe malade, le regard change de part le lien du sang et devient plus doux voir compatissant. Mais une fois le membre guéri, la discorde repart de plus belle ! Ou encore, au décès d'un parent de maladie, les membres vivants de la famille éprouvent communément de la compassion pour les parents, puis une fois passée la cérémonie de crémation, les querelles éclatent pour l'héritage !....Bien des situations courantes illustrent cette compassion limitée et 'impure'.

En outre, cette compassion ordinaire étriquée est aussi l'objet de 'manipulation'. Par exemple, il arrive que dans une famille, un adepte bouddhiste soit en mésentente avec un parent non bouddhiste. Et chaque fois que l'adepte agit en déplaisant au parent, ce dernier l'accuse de manquer de compassion à son égard ! Comme exemple, il peut y avoir ce genre de reproche : "Tu ne viens pas souvent me rendre visite, moi qui suit souvent malade, et donc tu manques de compassion à mon égard !" Il y a aussi cette situation, connue de ma part, où une personne est aidée par des paroles douces. Puis un jour, car il y avait nécessité et celle-ci était têtue, il a fallu usé de paroles dures à la manière enseignée du Bouddha. Quelle fut sa réaction ? Elle a fini par mal prendre les paroles dures et accuser le donneur de leçon de manque de compassion ! Prendre la gentillesse pour la compassion bouddhiste est sot comme de prendre un mérite pour une vertu. Hélas ! :(

A suivre....
Namo A Di Đà Phật. Puissent tous les êtres renaître en Terre Pure !
Minh Thọ
 
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Re: Aspects et Développement au quotidien

Message non lupar Minh Thọ » 21 Mars 2012 14:09

.......La compassion ordinaire, quand elle n'est pas l'objet de 'manipulation' pour ramener à soi, peut faire le jeu d'un manque de bonté flagrante. Il en est ainsi des gens, lambdas ou publics, qui crient à la torture animale dans les abattoirs, sans oser vraiment voir ce qui s'y passe, en parlant de cruauté ou d'immoralité humaine. Mais leur fausse attitude cache à peine leur approbation passive de consommateurs de chair. Le pire, concerne les gens qui ont déjà vu ou visité ces lieux d'agonie et qui une fois leur esprit sombré dans l'oubli et les habitudes pesantes, persistent dans cette approbation passive ! Ils sont les plus à plaindre, tout comme ceux qui à la vue d'une tauromachie, se réjouissent de voir un animal ensanglanté. Ils n'ont pas de 'compassion' pour les bêtes, en tout cas toutes les bêtes, mais ont de la 'compassion' pour ceux et ce qu'ils aiment.

En réalité, dans ce monde du samsara, l'être ordinaire ne cesse de fuir la souffrance car il recherche éperdument le bonheur mais en vain. Les images qui activent la compassion ordinaire ne manquent pas, pour qui sait les regarder quand elles se présentent ou les chercher au bon endroit. Par exemple, il est courant de croiser un mendiant au bord de la route quand on est dans sa voiture. Mais combien de gens regardent le mendiant qui frappe à la vitre la main tendue sans détourner le visage ailleurs ? Et entre regarder une série divertissante et un reportage sur les insectes "répugnants", où se trouve la préférence générale des gens ?

La compassion ordinaire est fortement égoïste et n'a pas le degré de vertu. Elle est mixée à l'émotion dite positive et ne dure pas. Elle est généralement restreinte entre humain et oublie le règne animal. Je passe les autres règnes invisibles à l'œil comme celui des esprits affamés. "Alors comment faire ? Comment pratiquer graduellement ?", me diriez-vous une fois ce constat fait, pour développer cette compassion limitée.

En agissant avec le corps et l'esprit sur le corps et l'esprit. Distinguons les quatre combinaisons possibles (même si elles sont très liées) :

- le corps sur le corps
- le corps sur l'esprit
- l'esprit sur le corps
- l'esprit sur l'esprit.

Que peut signifier agir avec le corps sur le corps ?

Observer attentivement notre corps faits d'agrégats. De cet ensemble, se demander si la joie et le bonheur qu'il procure sont prépondérants à chaque instant de vie ? Se demander et chercher si les cinq organes sont réels et libres et reposés ? Se demander et chercher si les sensations éprouvées sont réelles et libres et reposées ? Se demander et chercher si les perceptions sont réelles et libres et reposées ? Se demander et chercher si les formations mentales sont réelles et libres et reposées ? Se demander et chercher si les consciences sont réelles et libres et reposées ? Jusqu'à se demander et chercher si ces cinq agrégats existent ou non. Si les réponses conduisent de façon certaine à cette vérité que les cinq agrégats nommés corps sont souffrance et vide de soi, la compassion d'abord focalisée sur le corps, pourra s'étendre vers autrui car autrui possède aussi un corps. On s'engage ainsi aisément par exemple dans des actions altruistes où le corps d'autrui et le nôtre sont vus de façon indifférenciée : on ne tue pas, on protège, soigne le corps plein de souffrances. A tout moment, on peut observer les êtres inconnus dans la vie courante et voir le fardeau partagé qu'il porte qu'est le corps : à entretenir, nourrir, laver, habiller, etc. On évite de nuire aussi de façon physique dans la discipline à tout être.

Que peut signifier agir avec le corps sur l'esprit ?

La maladie n'épargne personne. Certaines souffrent plus de maladie que d'autres, et cela ne résulte que du jeu du karma. Il est enseigné par le Bouddha que l'une des causes de la maladie est d'avoir tué dans les vies précédentes. Lorsque la maladie touche ce corps tout au long de la vie, il convient de saisir l'occasion pour l'endurer avec l'esprit en pensant que d'innombrables êtres sont dans ce cas. Quand on est sain, on n'y pense pas. Une fois malade, on s'agite et sombre facilement dans la déprime. L'esprit compatissant se façonne par l'expérience de soi et donc quand la souffrance frappe, il est bon de l'accepter comme l'occasion d'épurer nos méfaits passés et ceux d'autrui. La piqûre d'un moustique est une bonne occasion de s'exercer ! En acceptant cette expérience et en regardant sa signification profonde, notre attitude change et on voit mieux les imperfections du samsara qui concernent tout le monde et les liens qui existent entre les êtres. Voyant les imperfections du samsara, le désir farouche de s'en extraire et d'extraire autrui grandit et notre action dans l'éthique concorde avec le Dharma : ceci est agir de façon compatissante dans la durée !

Que peut signifier agir avec l'esprit sur le corps ?

Le corps est l'image faussement cristallisée des pensées qui émergent et se résorbent à tout instant. De ce corps karmique répugnant qui fait souffrir, il est bon de s'efforcer de développer des bonnes pensées vertueuses pour le rendre lumineux comme celui du Bouddha. Quand une pensée négative émerge comme la colère, le corps devient laid, et cela vient du fait que notre "je" n'accepte pas ce qu'il voit comme une injustice ou une erreur ou une faute d'autrui. Accepter l'intolérable avec sagesse est s'attaquer directement au "je". Sans laisser le champ libre à la colère (je laisse de côté la colère nécessaire et juste) en usant de l'antidote adéquat, les graines d'éveil en nous peuvent éclore et donc la compassion. S'il s'agit de la colère d'autrui contre nous, l'accepter avec patience est un acte compatissant car nous ne rendons pas la douleur éprouvée et n'alimentons pas les feux de l'enfer. Nos agissements se purifient et deviennent exemplaires, nos actions mauvaises diminuent. Le bien être qui en découle fait de ce corps un objet pour servir sans rechigner et non se servir. Servir ne se limite pas à servir autrui mais à servir le Dharma. Servir le Dharma est un acte de compassion envers tous les êtres.

Que peut signifier agir avec l'esprit sur l'esprit ?

Vis à vis d'autrui, notre esprit mû par l'aspiration à l'éveil, saisit chaque occasion d'aider autrui à changer sa manière négative de penser. Les occasions ne manquent pas car on est amené à rencontrer de "nombreuses personnes" au cours de la vie. Rares sont celles qui suivent le Dharma et donc une charge nous incombe : user du Dharma pour dompter l'esprit des êtres sensibles quand cela est possible. Un(e) collègue de travail dans la détresse et qui est notre ami(e) peut bénéficier du remède du Dharma si avec habilité nous sentons le bon moment pour l'appliquer et l'aider. Il ne s'agit pas de convertir absolument. Mais de donner des méthodes pour que la personne qui est dans la tristesse ne le soit plus du tout à court, moyen ou long terme.
Parce que rien n'est absolument noir, et rien n'est absolument blanc, éviter les vues extrêmes de l'esprit est agir de façon compatissante envers autrui car nous voyons ce que les autres ne voient pas. En voyant ce que les autres ne voient pas, le désir compatissant de les sortir de l'ignorance peut grandir avec le progrès énergique. Comme exemple simple, il y a celui des proches. Qui n'est pas attaché à ses proches ou des proches ? Cet attachement entretient la discrimination entre les êtres. Voir et admettre que les proches sont des dettes karmiques passagères, devrait générer la volonté de les sauver dans le détachement du cycle de naissance et de mort.
Notre esprit fonctionne au gré des habitudes fortement ancrées. Défaire les schémas habituels de la pensée grâce à une contemplation profonde des phénomènes permet d'éviter le piège de l'indifférence à l'encontre des autres. L'accoutumance à la souffrance et ne pas voir la souffrance grossière et subtile, forment un véritable obstacle pour développer la juste compassion. L'étude des Nobles Vérités est essentielle. La vie est une soumission sans véritable liberté. Le peu de liberté que l'on a, résulte de bons karmas passés, lesquels sont trop peu nombreux par rapport aux bons karmas. Le repentir est indispensable et formuler des vœux altruistes arrose la graine de compassion. Toutes les souffrances intérieures, nos afflictions, avec diligence, les endurer pour les autres est un acte de compassion. En renonçant, on peut tout donner à autrui. Tout donner est aussi un acte de compassion. L'esprit d'éveil croît ainsi...c'est à dire grâce à l'ensemble du Dharma !

A suivre..... :D
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